[Il est difficile de changer de vie, du jour au lendemain. Même si ce n'est pas sans préavis, qu'on le sait, on ne peut jamais imaginer ce que ça sera. Parce qu'on n'est pas devin... Parce que la vie nous réserve des surprises, parce qu'on est pris dans un tourbillon de nouveauté et que ça a ses bons comme ses mauvais aspects, et que la vie en reste pourtant fabuleuse quand on la regarde. Et parce que moi, qui aime tant les gens, et qui aimait croiser 'mes' gens, je savais qu'ils ne m'appartenaient pas mais je savais qu'un de mes sourires, ou que ma vue marchant en rythme dans la rue les faisait sourire, et même si je ne les recroisais jamais, je me sentais quelqu'un. Mais aujourd'hui, aussi anonyme que je sois dans la foule, et je sais que ça me blessera parfois, que ça remuera le couteau dans la plaie certains matins, et certains soirs, et que ça me fera décrocher ces larmes que je ravale tant bien que mal ; mais je sais qu'aujourd'hui, cette anonyme que je suis, qui aime les gens, peut les observer à sa guise puisqu'elle est transparente ... Jusqu'à ce qu'un quelqu'un, se détache de ce lot informe et grisâtre de la foule pour un centième de seconde, et m'esquisse un sourire. Alors là, je sens mon coeur battre, et je souris. Je souris pour remercier cette personne de m'avoir confiée cet infime sourire qui me rend vivante. Et puis, il y a l'espoir que quand je rentre rien n'aie changé, et que les personnes soient les mêmes, et cet espoir immense de retrouver ces moments de joie, qui me font pleurer parfois parce qu'ils sont trop loin et qu'ils s'effacent dans ce brouillard Haut-de-Seinois. Et pendant trois jours je retrouve ça, le temps d'un week-end, infime parenthèse qui sera bientôt troublée par les devoirs et les dossiers, mais qu'importe, il y a ce grand air, il y a cette effervescence autour de moi, ces questions et cette envie que j'ai de me croire avant. Alors je savoure, je redeviens celle que vous avez toujours connue dans tous ses excès et qui n'attend plus le soir d'être dans sa chambre pour se cacher. Alors à nouveau, tout va pour le mieux, les repères reviennent si vite qu'ils étaient partis, les moments merveilleux défilent dès que sont passées les retrouvailles et nous voilà 'comme avant', comme si rien n'avait changé. Puis vient le départ, accompagné de sa nostalgie, son malaise, et le tourbillon nous reprend ... Mais, en parlant un peu, les langues nouvelles se délient vite, et moi qui me sentait si seule, je me rends compte que c'est pareil pour tout le monde ... et que comme on est dans le même panier, autant faire en sorte de faire connaissance, et de s'entraider. Alors, tout s'arrange doucement, les repères arrivent lentement, et quelques coups de téléphones ou sms rappellent, que là-bas, si près et pourtant si loin, là-bas tout continue, on n'est pas mis dans un tiroir, non, on attend juste le week-end avec impatience, comme si c'était la fin des vacances, et qu'on allait se revoir au lycée, au studio, ou chez l'un ou chez l'autre.
Cette victoire sur le temps, je l'appellerai l'adaptation, ou l'habitude, ou je ne sais quel nom donner à cette victoire, qui ne place pas le temps comme adversaire mais le transforme en adjuvant, et qui se présente comme un allié ...]
o Même si je sais, Gwaya'v.